Beauf 2.0
Il était temps que j’écrive cet article, car on me pose de plus en plus souvent la question : « Mais enfin, qu’est-ce donc qu’un beauf 2.0 ??? »
Bon ok, en réalité personne n’a posé la question. Comme j’aime pas les visiteurs, je simule leurs questions en prétendant qu’on me les a posé par courriel (et là, vous comprenez subitement d’où viennent les commentaires dithyrambiques sur tous ces sites et blogs de merde qu’a engendré la mode du web 2.0). Reconnaissez qu’au niveau communication, je m’évite beaucoup de malentendus, vu que je ne communique qu’avec moi-même.
Mais je m’égare. Il y a à peu près autant de définitions du mot « beauf » que de personnes pour l’employer. Pendant longtemps, le beauf fut celui qui est ringard, qui suit les modes débiles, qui est à côté de la plaque. La mulitude de dictionnaires que j’ai étudié (au moins 1) parlent d’un stéréotype de personne « vulgaire, inculte et bornée ».
Dans tous les cas, la vague du web 2.0 – le web collaboratif, les blogs, les commentaires à outrance sur tout et n’importe quoi dans tous les sites web – nous a amené une nouvelle vague de beaufs, désormais armés de nouvelles technologies. Dans cette caricature de démocratie que sont les sites d’expressions populistes (20minutes.fr, agoravox, suivis de tous les sites d’actualités français venus suivre la mode 2.0), tout le monde parle, tout le monde a un avis sur tout. Parfois quelques joyaux sortent du lot, mais pour chaque joyau, combien d’articles sans sources, sans documentation, tout bonnement sans culture ?
Dites ce que vous voulez : vous avez tort. Et ça ne suffit pas de marquer le désaccord, il faut sur chaque sujet, chaque point, que tout soit de la merde, que ce que vous dites soit stupide, qu’ils aient raison.
Parlez de ce que vous voulez : la réponse à chaque question a déjà été trouvée. On est bien au-delà de la pensée unique : bienvenue à l’ère de la pensée automatique ! Chaque choix du gouvernement est faux parce que Sarkozy a été augmenté de 170%, chaque contre-performance sportive est due à un manque de « culture de la gagne » et à la mentalité ambiante mise en place par le gouvernement (ou ses prédécesseurs), chaque broutille (une bd, un roman, une émission, ou la tectonik) est la preuve d’une mentalité, d’une philosophie, d’un état d’esprit qu’il faut démonter, commenter, argumenter et détruire, même si tout est imaginaire, et si vous n’êtes pas d’accord, c’est pire, car cela fait de vous un complice !
Peu importe que vous n’ayez rien dans le crâne, aucune culture, des opinions basées sur de stricts a priori, si vous savez aligner trois phrases et enchaîner jusqu’à plus soif, vous pourrez prouver que la cia a fait sauter le world trade center, que la france a sombré dans un régime monarchique, que le patronnat mérite pire que la guillotine. Que sais-je encore.
Vulgaires, incultes et bornés. Et pourvus d’un moyen de diffusion universel, planétaire, permettant d’écraser toute autre pensée. Le beauf classique l’ouvre à tout bout de champ et vous empêche d’avoir une conversation dans votre soirée, lors d’un repas, d’une rencontre ? Le beauf 2.0 s’en prend à la culture, aux vraies idéologies, à tout ce qui compose notre monde. Aucune comparaison n’est possible avec l’anarchiste, qui a minima, a pensé son anarchisme.
Le beauf 2.0 est l’incarnation suprême du nihilisme.