Beauf of ze year 2008 N°2 : Jean-Jacques Bourdin
Je trouve assez douteux tous ces sites (sans parler des douze cent émissions télé, diffusées pendant que le personnel prend sa 11ème semaine de congé surpayé) qui font des rétrospectives 2008 alors qu’on est en décembre. La rétrospective, par définition c’est « après ». Mais bon, c’est pas bien grave, fallait que je trouve un truc à critiquer pour introduire mon sujet, rien de plus.
En ce qui concerne Bourdin, on peut faire la rétrospective de toute sa carrière dès maintenant, car le moins qu’on puisse dire, c’est que ça a peu de chances de s’améliorer. On devrait faire son oraison funèbre tant qu’il y a quelque chose à sauver (et encore, là, je suis optimiste).
Car si je lui attribue à l’unanimité (facile, on est 1 à voter) un Beauf of ze year pour l’année 2008, c’est parce qu’il a accompli l’exploit de faire pire que 2007.
Pourtant, souvenez-vous… 2007, Bourdin faisait trembler les plus grands. Le sort des candidats à la présidentielle se joue devant un gros beauf qui leur pose cette question cruciale pour l’avenir économique et social de la nation : combien c’est donc qu’on a de sous-marins nucléaires d’attaque ?
Non parce que s’il y a bien un sujet dont on se bat les tataouines au moment d’élire le président, c’est quand même de savoir s’il connaît le nombre de sous-marins nucléaires d’attaque. J-J doit s’imaginer qu’en pleine crise financière, ou quand il rend visite aux sinistrés d’une catastrophe naturelle, le président peut réconforter les victimes en leur disant « oui c’est grave, mais on s’en fout car moi je sais combien on a de sous-marins nucléaires d’attaque !! » . Sauvons la France avec des questions de trivial poursuit !
Le plus grotesque, c’est que nos minots candidats à la présidence (pensez, ils ont à peine 55 ans de moyenne d’âge) sont restés tout penauds devant son interrogatoire, préférant répondre au hasard plutôt que d’assumer qu’ils ne savaient pas ; aucun n’aura eu le cran de lui dire « écoute coco, on s’en branle de tes questions, alors je vais plutôt t’expliquer ce que je prévois pour augmenter la compétitivité des entreprises françaises ». Le phénomène s’était d’ailleurs un peu reproduit lors du débat d’entre deux tours.
Du reste, pour connaître la portée fabuleuse des émissions de Bourdin, il suffisait de les écouter : une armada de débiles mentaux triés sur le volet passant chaque matin, par téléphone, jetés au bout de trente secondes en moyenne par l’animateur au cours d’un impressionnant concours de « qui dira le plus de conneries en moins d’une minute », en étant bien sûr le plus politiquement correct et le plus critique possible (rappelez-vous, pour le beauf 2.0, tout est de la merde, surtout ce qu’il ne connaît pas et ne comprend pas – y a qu’à lire ce blog pour s’en convaincre, d’ailleurs). Bourdin choisit, Bourdin coupe les gens, Bourdin les jette (on ne peut que l’en remercier !), Bourdin est la voix du peuple. Contrairement à Sarko, lui, il les entend vraiment, sauf qu’il entend celles qu’il veut bien laisser passer. Et comme il y a à peu près un auditeur sur mille qui soit capable de lui tenir tête, l’émission consiste, pour synthétiser, à vous faire penser comme J-J, mais en faisant tout pour que ce soit « l’opinion du bas peuple ».
Pour 2008, j’estime qu’il a fait pire. Il avait commencé à parler du pouvoir d’achat l’année précédente ; comme d’innombrables veaux, il gueulait « mais on perd du pouvoir d’achaaaaat », prophétie qui a le don d’être autoprédictrice quand on est suffisamment nombreux à la croire : comme on croit qu’on consomme moins parce qu’on manque de sous, on essaie d’économiser ses sous. Donc on consomme moins. Et ça plonge le plays dans la récession (et on s’écrie alors « je vous l’avais bien dit !!! »). Il a continué en 2008. Pas une grosse surprise me direz-vous.
Non, ce qui est formidable, c’est que Bourdin a trouvé la solution ultime au « problème du pouvoir d’achat » : il a changé son émission en publicité. Il a appelé ça « le système Bourdin », les boutiques et vendeurs de produits et services en tous genres pouvant venir faire leur pub à condition de faire une réduction pour les auditeurs. L’idée est si fabuleusement conne que plusieurs mois après, j’en reste encore abasourdi. Déjà que le niveau des interventions à l’antenne frisait celui de la nappe phréatique, grâce au système Bourdin, il a réussi à battre tous les records du genre, avec des neuneus qui venaient dire deux conneries à l’antenne (genre « c’est pas bien ce que fait le gouvernement ») pour finir en disant qu’ils faisaient 2% sur les tartiflettes à condition de venir de la part du gros beauf de Rmc. On peut se dire que l’animateur aurait pu avoir des regrets, mais rêvez pas, il assumait et faisait sa promo avec, clamant que JJB défend votre pouvoir d’achat : à classer entre les pubs pour Auchan et Leclerc, qui défendent le pouvoir d’achat de tous les consommateurs, sauf bien sûr leurs employés.
Ces dernières semaines, quand vous écoutez Jean-jacques Bourdin à la radio (la raison vous regarde, je sais pas : peut-être que vous venez pendant la pub sur Europe 1, ou pendant la musique sur Fun radio, ou peut-être que vous écoutez juste pour vous marrer), c’est la France profonde qui s’exprime, et vient discuter avec Jean-jacques pour savoir si c’est mieux de relier Neuville-les-tartempions à Prout-les-flots en passant par la rue du franprix ou par la contre-allée en face de chez Eugène, depuis que la d116 a été fermée à cause des inondations. Alors, je ne sais pas si c’est une nouvelle mutation de son émission, ou si ça a toujours été comme ça et que je ne m’en rendais pas compte, mais je peux vous assurer d’une chose : ses prestations matinales actuelles font passer les sujets de proximité de Jean-Pierre Pernaut pour des soirées vip du Rotary Club de Saint-Germain des Prés.
De la part d’un animateur qui invite le ministre de l’intérieur pour lui demander d’un air scandalisé si c’est normal qu’on voie des voitures de policiers griller des feux rouge, je ne sais pas si on peut en attendre beaucoup plus.
Début 2009, lors des pubs audio de rmc pour l’émission de J-J, l’animateur lance cette fantastique réplique fracassante : « qu’ils soient de gauche ou de droite, les hommes politiques vont devoir apprendre à écouter beaucoup plus les français » (ma retranscription est approximative). Plus je t’écoute, Jean-jacques, plus je suis convaincu du contraire !