Revendez tout, vous vivez au-dessus de vos moyens !
Remballez tout, empaquetez, vendez ! Vos maisons, vos voitures, vos appareils électroménagers, vos joujoux électroniques, et même vos fringues : on a emprunté pour que vous puissiez vous payer tout ça, maintenant, il faut rembourser !
Crise de la dette… Crise de la connerie, aussi
Notre monde n’est qu’empilement d’incompétence et d’erreurs monumentales, par-dessus lesquelles on tient la barre tant bien que mal on se reposant sur ceux qui ont vaguement l’air de savoir ce qu’ils font.
Ca a même été théorisé sous le nom de « principe de Peter » (je l’ai pas déjà cité sur gros-beauf, celui-là ?) : les gens ont tendance à s’élever dans la hiérarchie – la hiérarchie des entreprises mais aussi, de façon, plus globale, la hiérarchie sociale – jusqu’à atteindre un poste/statut où ils font de la merde, et donc, cessent de s’élever… Mais sans retomber plus bas pour autant.
Ce petit rappel pour bien insister sur le fait que nos politiciens sont déjà incompétents quand il s’agit de politique (à part quelques éclairs de lucidité ça et là) – alors imaginez quand il s’agit d’économie !
Pour modéliser la politique économique, ils disposent en gros de 3 indicateurs :
- les sondages
- les agences de notation
- leurs potes
A noter qu’il y a quelques bizarreries, ainsi, l’Allemagne et le FMI peuvent faire office d’agences de notation et donc, décider de la politique française, européenne, et mondiale. D’ailleurs, ils ont à peu près autant de compétence et de compréhension de l’économie, une vision à aussi court terme et basée sur des théories économiques vachement éprouvées, genre « supprimer toutes les règles sur les marchés, ça marche du tonnerre », comme on a pu le vérifier en 1929, ou « saigner à blanc l’économie d’un pays et revendre tout ce qu’il a et qui peut encore produire ou rendre service, ça va relancer son économie », modèle formidablement efficace qu’on a testé et vérifié à peu près à toutes les époques dans l’histoire de l’économie. Ca a à chaque fois été un échec, mais rassurez-vous, c’est comme le communisme : ça échoue parce qu’on n’était pas encore allés assez loin.
En résumé, comptez pas sur nos politiciens pour éclaircir quoi que ce soit.
Après les politiciens économistes, voici les financiers qui savent tout !
Côté finances, je passe sur le cas de Mme Lagarde qui est à l’économie ce que Jean Sarkozy est au smurf : avec un bon photographe et la bonne tenue on pourrait croire que ça va très bien ensemble, mais en fait, ben, non.
C’est quoi un financier ? C’est un mec qui regarde des chiffres et qui n’a aucune foutue idée de ce que ça recouvre comme réalité. Il se base sur le marché et les indicateurs des agences de notation pour acheter ou vendre. Notez (hihi) que ça n’en fait pas un incompétent. De même, ce n’est pas parce qu’une agence de notation dégrade un pays entier et dit qu’il ne fait pas d’effort qu’elle est incompétente ou cruelle. Parce que si dire que la France et l’Italie ne rembourseront JAMAIS leur dette, c’est de l’incompétence, alors autant arrêter tout de suite et laisser Nicolas Sarkozy et Barack à frites Obama donner eux-mêmes les notes. Leurs recommandations (vendez tout ce que vous avez, même vos enfants, pour payer vos dettes) ne sont pas non plus absurdes ou cruelles : ce n’est pas le métier des agences de comprendre le système, et encore moins de le changer ! Elles font leur taf. Même si on met à bas toute la finance actuelle pour refondre le système de zéro, il y aura toujours des agences et elles feront toujours leur boulot, qui est de dire aux financiers si tel ou tel produit va rapporter du fric dans les maximum 5 années à venir.
Donc bon, un financier, il fait de la finance. Mais actuellement, il se retrouve sur le devant de la scène, les médias viennent lui parler comme s’il avait monté les marches à Cannes, demandent son avis, veulent qu’il nous explique ce qui se passe. Le financier n’en sait foutre rien, mais il a les chiffres, et les chiffres seraient meilleurs si…
Ah, oui, c’est là ce que ça devient drôle, ça pourrait être digne d’un sketch de Le Luron ou Desproges, quand le financier vient nous expliquer que nos pays doivent faire davantage d’efforts. Entendu récemment : un financier disait que la réforme des retraites est un « début ». C’est vrai qu’on pourrait directement incinérer les chômeurs qui ne sont plus en âge de travailler ; une idée plus humaine serait aussi de sous-traiter nos vieux à des pays low-costs (genre la Corée du Nord), où ils pourraient avoir une dizaine de servants et une maison de vingt pièces pour la moitié d’un RMI de chez nous. Sinon ok, la retraite à taux plein à 122 ans, ça coûterait probablement moins cher – et au passage, on supprime la sécurité sociale pour les plus de trente ans, et on la réserve aux gens en bonne santé comme ça, pas de souci.
Le specimen entendu disait aussi qu’on pourrait moins rembourser certains médicaments, dont on a pas besoin, et de citer en exemple la gastro entérite « qui se soigne en buvant de l’eau ». Vous pouvez d’ailleurs essayer le même remède pour le cancer et le sida ; on sait jamais, sur un malentendu, ça peut marcher. La dernière fois que j’ai fait une gastro, j’ai eu 40,5° de fièvre (véridique) et j’ai cru finir aux urgences mais heureusement… J’avais un pack d’evian ! Sauvé ! Sinon, spécial dédicace aux 800 000 morts annuels de la gastro-entérite. Ca doit leur faire plaisir qu’un spécialiste de la finance se soit penché sur leur cas. Par contre, je crains que la Standard and Poor’s ne leur refuse le triple A.
En résumé ? Le financier fait de la finance. Leur confier les rênes de l’économie, de la sécurité sociale, des systèmes de retraite, bref, de nos pays tout entier… Est aussi risqué que de lancer une bombe nucléaire sur Washington avec une banderole attachée dessus « From France, with love ».
Bon mais alors, personne comprend rien à l’économie ?
Ah mais si si, plein de gens comprennent l’économie. Il y a aussi des grands économistes, genre ceux qui avaient prédit la crise financière (Nouriel Roubini, Joseph Stiglitz, qui à eux deux doivent mieux comprendre l’économie que toute la classe politique française), mais bon, écouter ce qu’ils disent, ce serait un peu comme traverser un donjon à Zelda avec la soluce étalée sur les genoux : tellement facile qu’on s’y ennuierait. Nos dirigeants étant de grands joueurs, ils préfèrent ne pas trop en savoir, ça met un peu plus de challenge.
Et puis soyons clairs : nos dirigeants et futurs dirigeants, ump et ps, sont au pouvoir depuis 30 ans. Aubry, Royal (et dsk, mais bon…) ont beau jeu de pretendre incarner le changement après avoir fait partie de gouvernements sous Mitterrand et Jospin. Quant a Sarko, de Villepin et Borloo, à droite… Bon…
Franchement, vous imaginez ceux qui se partagent le pouvoir depuis 30 ans, c’est-à-dire depuis les débuts de la mondialisation et de l’intégration économique europeenne, reconnaître qu’ils se sont plantés sur toute la ligne ? Qu’on les a convaincu, par ideologie ou par loobbying, d’accepter un système qui menait mécaniquement à la situation actuelle ?
mais alors, c’est quoi cette foutue situation actuelle ?<\h3>
C’est là que c’est drôle, parce qu’en fait, les plus neuneus de nos politiciens ont compris qu’il s’agit d’une crise aigüe de compétitivité. Notre industrie coûte beaucoup plus cher que l’industrie chinoise, ou même l’industrie en Europe de l’est. Même nos services coûtent beaucoup plus cher que les services indiens, ou les services en Europe de l’est.
Alors on peut s’agiter et dire qu’il faut lutter pour la compétitivité et que le problème n’est pas l’euro, comme le disent certains politiciens.
Maintenant, si on peut m’expliquer comment un ouvrier français peut être plus rentable qu’un ouvrier chinois, qui peut bosser dans des conditions insalubres, sans repos, pour 100 euros par mois, et dont la production nous parvient avec 0 droits de douane, j’aimerais bien qu’on m’explique. On peut baisser les salaires en France de 30%, ça coûtera toujours moins cher de produire en Chine.
Le raisonnement peut se répéter pour le Service, où un ingénieur Indien coûte 10 fois moins cher qu’un ingénieur français (et à qualité de travail égal). Encore une fois sans droit de douane, et sans limite puisque tout peut se gérer par internet.
Si tout est moins cher ailleurs, fatalement la balance commerciale est atomisée.
Si la monnaie est surévaluée de 50% (qui peut expliquer pourquoi l’euro est passé de 1 à 1,4 dollars ? A-t-on le souvenir d’un boom économique fabuleux en Europe ces dix dernières années ???), voire 100% (car le franc était déjà surévalué pour notre économie avant le passage à l’euro), je ne vois pas comment on peut exporter quoi que ce soit.
Les solutions à ces problèmes sont toutes contraires à la politique de ces 30 dernières années (et contraires à la politique allemande) : droits de douane (au moins sur les pays travaillant dans des conditions inhumaines ; on peut même se baser sur des critères d’émissions de CO2), faire baisser la monnaie (en dévaluant, en émettant de la monnaie via la banque centrale, en générant de l’inflation), nationaliser la dette pour redonner son contrôle aux états…
Un dernier point. Les monnaies mondiales ont tendance à s’équilibrer de façon à ce que les pays les plus riches puissent acheter aux pays moyennement riches, tout en donnant assez aux pays pauvres pour qu’ils puissent eux aussi acheter. Pour que ça marche, il faut que les pays riches aient la monnaie la plus forte, et les pays pauvres, la plus faibles. Ce n’est pas parce qu’ils sont pauvres : c’est uniquement parce que si sa monnaie était aussi forte, les pays riches ne pourraient pas lui donner assez pour faire tourner son économie.
Quand les pays moyens ont une monnaie trop faible, ils aspirent les emplois intermédiaires (la production) et génèrent un fort chômage dans les pays riches, quand leur monnaie est plus forte, leurs populations sont en mesure d’acheter des produits de pointe – en somme, ils deviennent des pays riches. Quand les pays riches ont une monnaie trop forte, ils attirent fortement les populations sur leur sol, car la moindre de leur allocation se change en manne financière une fois convertie dans une monnaie faible.
Un pays riche qui attire une large population tout en voyant son chômage s’aggraver, que génère-t-il ? De la dette.
Les monnaies ne s’équilibrent pas par magie. De même, selon la volonté politique, cet équilibre ne sera pas complètement naturel. Actuellement, la Chine sous-évalue sa monnaie (ça permet de produire en masse, source d’excédents), l’Allemagne sur-évalue la sienne (ça permet d’acheter ses matières premières à des prix ridicules, puis de vendre les produits de son industrie de pointe). Mais cette volonté politique se fait le plus souvent au détriment des populations les plus défavorisées de ces pays…
Ca ne sert à rien de continuer à nous dire que nous vivons au-dessus de nos moyens car c’est faux et ne reflète qu’une réalité totalement virtuelle, celle de la finance. Ce qui fait l’économie, ce ne sont pas les dettes nationales ; l’économie, ce sont les emplois, la production, la consommation.
La monnaie, l’investissement et la dette sont des outils pour matérialiser notre pouvoir économique. Quand ces outils prennent le contrôle, soit on capitule et on se met à genoux, soit on les reprend en main.